Paronomase sans agrément

22 février 2012

Nerden

Au secours, je suis un intello !

Je m'en suis rendu compte d'un coup : ce fut un choc. Je flânais dans une librairie, cherchant quelque littératurerie, quand soudain se fit sentir en moi une conviction, limpide, imparable, incontournable ! « Tu es un intello ».

Rentré à la maison, un dvd dans une main pour conjurer ma terreur, un bottin dans l'autre pour appeler un docteur, j'en eus un au bout d'un fil mais je raccrochai résolument : à la voix, aux mots choisis, pas de doute : c'était un intello aussi !

Bien décidé à m'en sortir, je demandai un rendez-vous, pour consulter, psychanaliste, ou psychiatre, ou psychologue, psychotrope, psyché, que sais-je encore, voyez, j'égrène mes synonymes, c'est pas bon signe, je suis bien atteint, tout cela, bien sûr, dans les délais les plus brefs. Me voilà dans la salle d'attente, il ouvre la porte, je me redresse, et je m'enfuis prestement : aux lunettes, à l'air sévère, au lèvres pincées, à son « suivant », le doute devenait inexistant : c'était un intello, derechef !

Résultat ? Je vis avec. Je minimise. Je solliloque, parfois, mais me reprends très vite. Il ne faudrait pas que ça se sache, au boulot par exemple. D'ailleurs, je dois y aller : avec ces aventures, se remettre les idées en place : où travaillais-je ? -Frisson d'effroi de qui connaît l'auteur- -rîme qui tend les bras : « dans un collège ! »- -chute avortée : ce serait donner trop d'indices, mieux vaut une queue de poisson-.

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Kapitalet

Francilien

 

Tu cours, tu tressailles, tu t'engouffres

Mais tu ne sors plus

Les gouttes de pluie ruissellent sur ta vie

Sur tes dimanches, sur tes nuits

 

L'air de ta vie, francilien, je m'en inspire

Je l'ai humé, en ingrat

Inhalé, absorbé, recraché sans délais

Daté, répertorié, classé au rayon frais

 

Tu marches, anxieux, tu t'essouffles

-Et tu ne dors plus-

A travers les allées majestueuses de ta cité de pierre

Cité si fière, cité-lumière, cité-cratère

 

L'air de ta vie, francilien, comme souvenir

Il m'accompagnera

Mais qu'en sera-t-il, à dire vrai

Si un jour, ou si un soir, je l'oubliais ?

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Oставлять

Congé.

Payé.

Marcher, sans but, flâner, dans un village en fleur, l'air est pur, la terre ferme, le bonheur.

Congé.

Payé.

Converger, centre-bourg, tourterelles sur les fils, soleil clair, l'hiver, se défile.

Congé.

Payé.

Penser, 1936, combats, luttes, vacances, gratitude, béatitude, chance !

Congé.

Payé.

Cadence, sciure, bétonnière, prozacs. Silence, lecture, lumière, hamac.

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04 juillet 2011

Kjendis

Tu pars, tu cours, tu voles et t'as les idées dans le vent

Tu laisses la foule au sol acclamer ton air important

On rit, on pleure on hurle et toi tu es là simplement

La nuit, des rêves glauques te réveillent tout transpirant

 

T'en as parlé au psy il t'a dit relativisez

Les gloires de ce monde comme chacun tu en rêvais

L'univers à ta solde, la galaxie à ta portée

Ton lit te semble étroit, les insomnies, t'es harassé

 

Un jour tes idées fânent, l'information est confirmée

Un grand innovateur doué d'un talent insolent

A assombri Paris son ombre planant sur le temps

Le fait divers concis de ton trépas est expédié

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06 mai 2011

Bedrägeri

PERDU : STYLO FILIPETTI

Perdu stylo de couleur bleue et de marque FILIPETTI, ce jour le 06 mai 2011. Mon attaché-case s'est ouvert dans le bus de la ligne A qui passait à l'arrêt Victor Hugo - Porte de Paris à 7h15, bondé comme à son habitude, l'objet a du rouler au sol. Ce stylo se reconnaît par son bouchon au style inimitable, sur lequel est gravé en lettres capitales le sigle du fabriquant : FILIPETTI. Si vous l'essayez, vous constaterez qu'il écrit très bien, sans baver, d'un bleu de Klein. La mine est très fine, d'où la précision. Vous comprendrez mon soulagement si vous me rapportiez cette pièce d'orfèvrerie. Il serait peu intelligent de la garder pour vous, d'abord c'est du vol, et ensuite elle ne coûte que trois euros pièce dans toutes les papeteries respectables, un prix ridicule au demeurant pour un objet d'une telle qualité.

Dans l'attente de recevoir, madame monsieur, de vos nouvelles au numéro suivant : (+39) 0899 889 898

Sandro F.

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Произведите

Si je ralentis, mon superviseur me hêlera, tendu, attentif, interrogateur, imposant. Il me demandera de faire des efforts, autrement dit d'accélérer, et j'aurai tout perdu, à l'arrivée. Ce n'est sans doute pas une bonne idée.

Je me dois de le dire : c'est un homme bon, il ne cherche pas à nuire à son personnel, il est même très compréhensif, plutôt fin, rarement intrusif. Mais les cadences sont ce qu'elles sont, on ne produit rien sans sueur, et la sienne baigne peu à peu son front, au fil des heures.

Il a reçu un courrier, un recommandé sinistre, et il en aurait pleuré, d'après la réceptionniste. Il pensait à un plan social, et, découvrant les initiales DRH, il s'était senti mal. En fait, une fois l'enveloppe arrachée, il tint dans ses mains moites nos primes de noël, assorties d'un mot du DG de la boîte, nous félicitant pour les chiffres de l'année écoulée, qu'il disait exceptionnelle.

Un bon gars ce Nyrenko, jeune et dynamique, il était venu une fois en visite diplomatique me saluer dans mon rayon deco.

Derniers passages en caisse, je m'y joins en renfort, encore quelques bleus de bresse et je sors.

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Flyktig

L'horloge, le chronomètre, tous leurs apprêts,
Et l'homme, en mauvais maître, qui court après.

J'ai rassasié le matin,
Honoré l'après-midi,
La journée touche à sa fin,
Que me chantera la nuit ?
Que murmureront mes rêves ?

Au lointain, un clocher, retentit...
Signifie-t-il une trêve ?
Non.

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